Troll (Internet)
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En argot Internet, un troll caractérise un individu cherchant l'attention par la création de ressentis négatifs, ou un comportement qui vise à générer des polémiques. Il peut s'agir d'un message (par exemple sur un forum), d'un débat conflictuel dans son ensemblecite-ref-1[1] (surtout politique) ou plus couramment de la personne qui en est à l'origine. Ainsi, on désigne sous le néologisme troller le fait de créer artificiellement une controverse qui vise à irriter l'interlocuteur, aux dépens des échanges et de l'équilibre habituel de la communautécite-ref-2[2].
Lâargumentation caricaturale et rĂ©currente d'un troll est une « empreinte typique du troll ». Elle est la preuve d'une mĂ©communication et d'une impossibilitĂ© Ă Ă©changer dans la comprĂ©hension mutuelle. Le « trollage »cite-ref-3[3] prĂ©sume des provocations intentionnelles dans le but de nuire ou de se faire remarquer par les membres de la communautĂ©.
Ă l'origine, le terme renvoie Ă une plaisanterie (« troll positif ») oĂč le trolleur tire satisfaction d'avoir rĂ©ussi Ă berner ses victimes, Ă leur avoir fait perdre du temps. Son champ s'Ă©largit Ă partir des annĂ©es 2010 et il peut dorĂ©navant aussi s'appliquer Ă l'envoi de messages provocateurs et offensants, exacerbĂ©s par l'anonymat et la tribune que procure internet (« troll nĂ©gatif »)cite-ref-4[4]. Cette seconde dĂ©finition s'apparente au flaming, et peut parfois mener au cyberharcĂšlement.
Contents
âą Origine du terme
âą Usines Ă trolls
âą Sociologie
âą Politique
âą Dans la culture
âą Voir aussi
âą Liens externes
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Origine du terme
L'usage en français du verbe « troller » ou du nom commun « troll » est un emprunt à l'argot Internet de langue anglaise. L'usage de ce terme en anglais (sur Internet) pourrait remonter aux années 1980cite-ref-5[5], mais la premiÚre mention recensée daterait d'un message de 1992 sur le groupe Usenet alt.folklore.urbancite-ref-6[6].
Deux hypothĂšses sont gĂ©nĂ©ralement proposĂ©es pour l'origine de ce troll Internet. Selon la premiĂšre, le mot ferait rĂ©fĂ©rence au troll, une crĂ©ature monstrueuse peu amicale ou agressive du folklore scandinave. Ce terme serait alors empruntĂ© au troll des langues scandinaves (notamment suĂ©dois ou norvĂ©gien), lui-mĂȘme empruntĂ© au vieux norrois trÇ«ll ou troll attestĂ© dans la littĂ©rature nordique du Moyen Ăgecite-ref-7[7]. Au sens figurĂ©, le troll dĂ©signe aussi dans les pays scandinaves un individu ayant un comportement inappropriĂ©, violent ou agressif[rĂ©f. souhaitĂ©e].
Selon la deuxiĂšme hypothĂšse, le mot dĂ©riverait du verbe anglais « to troll » ou du mot « trolling », qui font rĂ©fĂ©rences Ă des techniques de pĂȘche Ă la traĂźne et Ă la cuillĂšre. Ce verbe anglais to troll dĂ©rive peut-ĂȘtre du moyen français « troller, trĂŽler », qui fait rĂ©fĂ©rence Ă des dĂ©placements au hasard ou en vagabondant et s'applique Ă des techniques de chasse ou pĂȘchecite-ref-8[8]. L'usage de trolling en anglais, avec le sens figurĂ© de « chercher Ă provoquer des rĂ©actions » est attestĂ© vers 1972 dans l'aviation amĂ©ricaine lors de la guerre du ViĂȘt Namcite-ref-9[9].
Le substantif « troll » est un des cent cinquante nouveaux « mots, sens et expressions » ayant fait leur entrée dans l'édition 2017 du Petit Larousse illustrécite-ref-g-2016-10-0[10]. Il y est défini comme « un internaute qui empoisonne les débats sur internet avec des remarques inappropriées ou provocantes »cite-ref-g-2016-10-1[10].
Typologie des trolls
Dans leur EncyclopĂ©die de la Web Culturecite-ref-12[12], Lecocq et Lisarelli rĂ©sument synthĂ©tiquement diffĂ©rentes typologies du troll. Selon eux, le « troll bĂȘte », est l'internaute qui commente sans rĂ©flĂ©chir, a tendance Ă prendre tout au premier degrĂ©, voire un certain penchant pour les thĂ©ories complotistes. Le troll « ontologique », intelligent, est guidĂ© par de mauvaises intentions et provoque pour faire dĂ©raper la discussion. Le troll « flatteur » ou « flagorneur » fait semblant de sâextasier. Enfin, le troll « chasseur » s'unit Ă d'autres pour pourrir la vie en ligne dâune victime quâils auront choisie, la harceler, pratiquer le stalking.
La psychologie des trolls est depuis 2014 un sujet d'étude. Une publication attribue des traits de sadisme, psychopathie et machiavélisme chez les sujets étudiéscite-ref-13[13].
Dans son roman Comme un empire dans un empire, Alice Zeniter évoque les griefers, qui ruinent délibérément les parties de jeux vidéo, les pervers qui postent des dick pics, les crybabies susceptibles, menaçant à tout instant de quitter le site sans jamais le faire, les grammar nazis avides de débusquer fautes d'orthographe et de grammaire, les shitposters adeptes du copier-coller, répondant sans cesse en écho à leur interlocuteur. Les haters passent leur temps à dénigrer sur internet, les backstalkers utilisent les archives personnelles d'un internaute pour le discréditercite-ref-14[14].
à ces catégories, on peut en ajouter deux autres :
1. les trolls professionnels, rĂ©munĂ©rĂ©s pour dĂ©livrer un message conçu Ă des fins politiques (propagande pour une idĂ©ologie, un parti, un candidat, propagande de dĂ©stabilisation politique, guerre psychologique). Le journal LibĂ©ration cite le cas d'une « usine Ă trolls » russe oĂč de jeunes employĂ©s auraient, entre autres, alimentĂ© les rĂ©seaux sociaux Ă la suite de l'attentat contre Charlie Hebdo pour accrĂ©diter la thĂšse selon laquelle l'Ătat français avait eu conscience du risque liĂ© aux caricatures du prophĂšte et n'en avait pas suffisamment tenu comptecite-ref-15[15]. Le terme « ferme Ă trolls » est Ă©galement utilisĂ© dans la pressecite-ref-9-16-0[16]. Un cas mĂ©diatisĂ© en France concerne l'« armĂ©e numĂ©rique » mise en place, selon Mediapart, par le club de foot Paris Saint-Germain pour agir sur l'image du club et sur l'opinion publiquecite-ref-9-16-1[16],
2. les trolls virtuels. Ils sont créés par des plates-formes logicielles spécialisées en création d'influence via les réseaux sociaux, comme « Ripon », incidemment révélée dans le cadre du Facebook-Cambridge Analytica/AggregateIQ par une grande quantité de code non protégé laissé sur l'internet par ses programmeurs (AggregateIQ)cite-ref-upguard-17-0[17].
Trollage institutionnalisé
Sharyl Attkisson, journaliste d'investigation, dĂ©nonce l'astroturfing, ou dĂ©sinformation planifiĂ©e, c'est-Ă -dire la tendance croissante qu'ont certains Ătats ou organisations privĂ©es Ă utiliser les trolls pour manipuler l'opinion publique. Des Ă©quipes de trolls sponsorisĂ©s arrivent en meute sur un site pour Ă©craser n'importe quel honnĂȘte discours et dĂ©nigrer n'importe qui en dĂ©saccord avec euxcite-ref-18[18].
Un rapport commanditĂ© par l'Organisation du traitĂ© de l'Atlantique nord (OTAN) pointe le fait que les trolls peuvent ĂȘtre un outil de guerre pour dĂ©moraliser la population et/ou modeler l'opinion publique en insinuant des informations fausses, des images manipulĂ©es, des thĂ©ories du complot, etc. Ă travers blogs, mĂ©dias, rĂ©seaux sociaux et commentaires. Cela a Ă©tĂ© le cas lors de l'intervention militaire de la Russie en Ukrainecite-ref-1-19-0[19].
Le scandale Facebook-Cambridge Analytica / AggregateIQ a aussi montré, qu'en outre des bots générés par une intelligence artificielle ont pu contribuer à fausser des processus électoraux ou de référendums. Cela a été par exemple le cas lors de :
âą campagnes Ă©lectorales d'amĂ©ricains tels que Ted Cruz, Ben Carson et surtout Donald Trump, soutenu par Steve Bannon qui considĂšre qu'une campagne Ă©lectorale doit ĂȘtre menĂ©e comme une guerrecite-ref-a1-20-0[20] et Robert Mercercite-ref-21[21], dans un contexte de montĂ©e du libertarianisme de droite et des populismes ;
⹠la campagne du référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne qui a fait advenir le Brexitcite-ref-francetvinfo-fr-22-0[22].
Usines Ă trolls
Plusieurs articles de presse font mention d'« usines à trolls » en Russie, la plus connue étant l'Internet Research Agency cite-ref-23[23]. Celle-ci aurait été le bras armé qui aurait permis d'influencer la campagne présidentielle américaine pour favoriser l'élection de Donald Trumpcite-ref-24[24], en complément de la plate-forme logicielle « Ripon » décrite par le lanceur d'alerte canadien Christopher Wylie et dont une partie du code a été trouvée à jour par la société « UpGuard »cite-ref-upguard-17-1[17].
En 2020, la campagne prĂ©sidentielle amĂ©ricaine de Joe Biden aurait, selon le magazine amĂ©ricain Newsweek, bĂ©nĂ©ficiĂ© de l'appui d'usines Ă trolls employant de trĂšs nombreuses personnes en Inde. Chaque salariĂ© alimentant plusieurs centaines de comptes Twitter, ce seraient des centaines de milliers de followers qui auraient gonflĂ© artificiellement la popularitĂ© numĂ©rique du candidat et de sa colistiĂšrecite-ref-8-25-0[25]. Environ 750 000 comptes de followers sont apparus en un peu plus de deux semaines en aoĂ»t et un des Ă©lĂ©ments troublants tient au fait que les comptes paraissent avoir Ă©tĂ© créés avec pour seul objectif de suivre le candidat, et l'enquĂȘte confirme qu'ils sont assez largement issus de petites villes d'Inde. L'enquĂȘte rĂ©vĂšle que l'une des usines Ă trolls a Ă©tĂ© mise en place avant 2014 pour ĂȘtre active dans la campagne Ă©lectorale indienne et appuyer Narendra Modi. Selon le tenancier de l'usine interrogĂ©, « [les usines Ă trolls indiennes] offrent presque tout Ă leurs clients payants [...] : fausses nouvelles, images retouchĂ©es, campagnes de soutien et de « haine », et mĂȘme des incitations Ă la violence collectivecite-ref-8-25-1[25]. »
Dans une autre usine employant moins d'une dizaine de personnes, le dirigeant déclare que chacun contrÎle deux à trois cents profils sur différentes plates-formes. Il donne des précisions sur ses clients : « Nous recevons des cibles quotidiennes d'agences de Delhi et de Mumbai, et nous nous engageons simplement avec la cible comme on nous le demande. » Les principaux clients sont des personnalités politiques, mais il y a aussi des célébrités et des grandes marques.
En aoĂ»t 2019, Twitter dĂ©couvre et dĂ©sactive un millier de faux comptes sur sa plate-forme, uniquement utilisĂ©s dans le but de discrĂ©diter les mouvements de protestation populaire prodĂ©mocratique Ă Hong Kong. Ces comptes Ă©taient, semble-t-il, pilotĂ©s par l'Ătat chinois dans le but d'entraver les rĂ©sistants hongkongaiscite-ref-26[26]. La pratique en Chine est en fait beaucoup plus ancienne, avec notamment le parti des 50 centimes.
Sociologie
Pour Antonio Casilli, le trollage peut ĂȘtre analysĂ© et pensĂ© comme un acte social, Ă©tant causĂ© par et ayant pour but de modifier des dynamiques sociales : « On est troll pour provoquer des changements dans le positionnement des individus dans les rĂ©seaux. [...] Ces trolls sont lĂ pour faire Ă©merger de nouveaux contenus. »cite-ref-0-27-0[27].
Quand une sociĂ©tĂ© est attaquĂ©e par des trolls, les membres les mieux intĂ©grĂ©s ont paradoxalement des rĂ©actions moins extrĂȘmes que les membres plus isolĂ©s voire marginaux. Ce phĂ©nomĂšne est expliquĂ© par le fait que les personnes les plus riches en capital social ne sont pas beaucoup affectĂ©es Ă leur Ă©chelle par les petites fluctuations du champ social que sont une poignĂ©e de trolls. A contrario, pour une personne ne possĂ©dant qu'une dizaine de contacts, quelques individus malveillants peuvent suffire Ă durablement perturber son rĂ©seaucite-ref-0-27-1[27].
Les trolls peuvent aussi avoir comme effet de mieux souder une communautĂ©. Face Ă lâagression, les membres veulent activement dĂ©fendre la norme, qui est alors explicitĂ©e, affirmĂ©e et renforcĂ©e. Le troll est alors l'ennemi objectif commun qui fĂ©dĂšre par nĂ©cessitĂ©, on se dĂ©finit facilement comme l'inverse de l'attaquant. On voit aussi que les acteurs ne vont pas attendre de la structure qu'elle se dĂ©fende d'elle-mĂȘme contre les trolls. Par exemple sur un forum de discussion, on ne va pas forcĂ©ment attendre la modĂ©ration pour dĂ©noncer un message malveillant qui attaque les normes du site. La logique de la dĂ©fense devient donc horizontale, et il en va donc de mĂȘme pour l'affirmation des valeurs propres de la communautĂ©. Pour Casilli, cette rĂ©action a pour effet final dâ« enrichir la qualitĂ© du webcite-ref-0-27-2[27] ».
Notion de communautĂ© et dâidentitĂ© en ligne
Le trollage est une pratique qui remet directement en cause les notions dâidentitĂ© et de communautĂ©.
Notion d'identité
Internet et les outils de communication numĂ©rique « donne[nt] une voix Ă tout le mondecite-ref-3-28-0[28] » et complexifient le rapport Ă soi-mĂȘme et aux autres. La question de l'identitĂ© est centrale dans nos relations aux autrescite-ref-4-29-0[29] : elle est l'un des prĂ©requis Ă l'Ă©tablissement d'un lien avec d'autres individus. Au contraire, l'anonymat, rendant impossible toute contextualisation du message, « rend impossible un quelconque sentiment de communautĂ© ». Sur Internet, l'expression plus ou moins claire de l'identitĂ© reprĂ©sente un critĂšre d'apprĂ©ciation de la fiabilitĂ© et de la sociabilitĂ© d'internaute. En effet, l'identitĂ© en ligne se rĂ©vĂšle souvent bien plus opaque que dans la rĂ©alitĂ©. Le sociologue Dominique Cardon distingue, dans son ouvrage Le design de la visibilitĂ© : un essai de cartographie du web 2.0cite-ref-30[30], deux types d'identitĂ© : l'identitĂ© rĂ©elle (extĂ©riorisation de soi) et l'identitĂ© virtuelle (simulation de soi). Hors du virtuel, de nombreux indices peuvent permettre d'identifier un individu : son nom, son physique, son Ăąge, son sexe, son origine culturelle et sociale, son caractĂšre, sa profession⊠sont autant d'exemples qui font partie de son identitĂ© et qui le distinguent de ses semblables. Dans le virtuel, il y a moins d'Ă©lĂ©ments qui permettent de juger de l'identitĂ© d'un internaute, et la libertĂ© accordĂ©e par les plates-formes laisse la possibilitĂ© aux utilisateurs de projeter ce qu'ils veulent.
L'identitĂ© en ligne est manipulable et tout un chacun est libre de sĂ©lectionner les informations qui sont le plus en adĂ©quation avec la personnalitĂ© qu'il veut mettre en avantcite-ref-31[31]. Cette possibilitĂ© de distorsion de la rĂ©alitĂ© peut ĂȘtre source de dĂ©rives, dont le trolling fait partie.
Notion de communauté
Une communautĂ© est un groupe de personnes qui sont rĂ©unies et Ćuvrent pour un but commun. Pour une dĂ©finition plus prĂ©cise, le Grand Dictionnaire Terminologique (GDT) de l'Office QuĂ©bĂ©cois de la langue française dĂ©crit la communautĂ© virtuelle comme un « ensemble de personnes reliĂ©es par ordinateur dans le cyberespace, qui se rencontrent et ont des Ă©changes par l'intermĂ©diaire d'un rĂ©seau informatique, tel Internet, et qui partagent un intĂ©rĂȘt commun ». Les communautĂ©s, qu'elles soient en ligne ou non, se crĂ©ent donc pour que ceux qui partagent un mĂȘme intĂ©rĂȘt puissent Ă©changer et/ou agir ensemble. En prenant l'exemple des dĂ©bats politiquescite-ref-32[32], Scott Wright montre comment les plates-formes numĂ©riques permettent aux individus de participer Ă la vie dĂ©mocratique de la communautĂ©. L'existence des communautĂ©s passe donc, en premier lieu par des Ă©changes entre leurs divers membres.
D'ailleurs, l'Homme n'a pas attendu l'Ă©mergence d'Internet pour Ă©voluer en communautĂ©. DĂšs le IVe siĂšcle av. J.-C., le philosophe Aristote Ă©crit que « l'Homme est un animal politique » : l'homme est naturellement sociable et enclin Ă vivre parmi ses semblables, dans une sociĂ©tĂ© rĂ©gie par des normes, lois et coutumes. Aristote, tout comme Anne Revillard, mettent en avant dans leurs travaux la nĂ©cessitĂ© de normes et rĂšgles pour rĂ©gir la communautĂ©. Ces normes sont « variables selon les groupes et en construction permanente »cite-ref-4-29-1[29]. Tout individu voulant intĂ©grer une communautĂ© doit se conformer aux spĂ©cificitĂ©s du groupe auquel il appartient, s'il veut y rester et ĂȘtre reconnu comme tel. Qu'il y ait une hiĂ©rarchie ou non, les communautĂ©s peuvent voir naĂźtre tĂŽt ou tard des conflits. Le sociologue Georg Simmel considĂšre le conflit comme normal et pense que, comme toute interaction entre les Hommes « il doit absolument ĂȘtre considĂ©rĂ© comme une socialisationcite-ref-5-33-0[33] ». Jean Duhaime, explicite la pensĂ©e de Simmel en expliquant que « lorsque des contraires s'opposent, plutĂŽt que de s'ignorer ou de se rejeter totalement, ils sont effectivement en relation et visent dĂ©jĂ Ă surmonter leur dualisme par une sorte d'unitĂ©, quelle qu'elle soitcite-ref-34[34]». En plus de considĂ©rer le conflit comme naturel au sein d'une communautĂ©, Simmel avance lâidĂ©e que c'est prĂ©cisĂ©ment ce phĂ©nomĂšne d'attractivitĂ© et de tensions qui donnent sa forme aux sociĂ©tĂ©s : « [elle] a besoin d'un certain rapport quantitatif d'harmonie et de dissonance, d'association et de compĂ©tition, de sympathie et d'antipathie pour accĂ©der Ă une forme dĂ©finie »cite-ref-5-33-1[33]. La prĂ©sence de normes dans les communautĂ©s est donc d'autant plus importante. Ceux qui transgressent les rĂšgles, les trolls par exemple, sont perçus comme des nuisibles. Les normes permettent dans un premier temps de « rĂ©guler les interactions entre les utilisateurs, elles dĂ©finissent le degrĂ© d'acceptabilitĂ© des messages Ă©changĂ©s »cite-ref-4-29-2[29]. Un des questionnements auquel il faudra s'intĂ©resser est la question de l'acceptabilitĂ© des actions menĂ©es par les trolls.
Dépendance des trolls à la communauté
Le trollage, pour exister nĂ©cessite trois Ă©lĂ©ments essentiels : une connexion Ă Internet, lâexistence de communautĂ©s en ligne et vouloir nuire Ă autrui.
En effet, Irene McDermott Ă©voque un « effet de dĂ©sinhibition en lignecite-ref-3-28-1[28] » : le caractĂšre Ă©phĂ©mĂšre et anonyme du web serait propice Ă l'expression de comportements perturbateurs, agressifs, intolĂ©rants etc. Aussi, les trolls se servent des communautĂ©s et de leur besoin d'Ă©changer, de coopĂ©rer et de dĂ©battre pour leurs activitĂ©s. Leur volontĂ© initiale est de perturber ces Ă©changes et de dĂ©stabiliser les membres qui y participent. Pour ce faire, les trolls s'efforcent d'acquĂ©rir la culture et les normes des communautĂ©s pour mieux s'en jouer et les dĂ©tourner comme le montre Anne Revillard : « Le troll participe au dĂ©bat dans le but de perturber celui-ci. Le troll se fait passer pour quelquâun dâhonnĂȘte pour mieux tromper. (...) Son but est d'ĂȘtre pris au sĂ©rieux, pour que des dĂ©bats se lancent autour de ses interventions. Le troll a donc pour effet de dĂ©stabiliser l'Ă©quilibre de la communautĂ©, en poussant les gens Ă se dĂ©tourner du sujet de discussion qui les rassemble dans ce groupe prĂ©ciscite-ref-4-29-3[29] ». Pour reprendre les mots de Michel Gensollencite-ref-35[35], les trolls utilisent les communautĂ©s virtuelles et les rĂšgles qui les rĂ©gissent comme des « aires de jeux » et « dĂ©truisent pour exister »
Effet du trollage sur les communautés
Opposition entre intĂ©rĂȘts communautaires et individuels
Lâun des effets du trollage est d'aller Ă lâencontre des intĂ©rĂȘts de la communautĂ©. Au lieu dâadhĂ©rer Ă la logique de coopĂ©ration, de collaboration et de partage propre au fonctionnement des communautĂ©s, le troll sert ses propres intĂ©rĂȘts en perturbant le fonctionnement de ces derniĂšres. Ce comportement antisocial est d'autant plus facile Ă mettre en place que les communautĂ©s ont tendance Ă ne pas mettre de barriĂšre Ă la participation (Anne Revillard).
Hostilité et dégradation des échanges sociaux en ligne
Le trollage peut avoir un effet nuisible sur la communautĂ©. Irene McDermottcite-ref-3-28-2[28] dĂ©crit cette pratique comme Ă©tant destructrice pour les groupes sociaux en ligne. Les Ă©changes entre les membres des communautĂ©s sont mis Ă mal par le troll. Selon la violence de ses interventions, le troll peut inciter les autres internautes Ă avoir des rĂ©actions auto-destructrices pour eux-mĂȘmes ou pour la communautĂ©. Dans l'article Trolling the trolls: online forum usersâ constructions of the nature and properties of trollingcite-ref-6-36-0[36], Alexander Coles et MĂ©lanie Winter mettent en lumiĂšre les impacts nĂ©gatifs du trollage sur les communautĂ©s :
⹠création d'un environnement hostile ;
⹠détournement des activités des communautés (leurs échanges vont se concentrer sur le troll plutÎt que sur le sujet initial qui les réunissait) ;
âą polarisation des opinions et croyances ;
âą risques psychiques sur les victimes (diminution de l'estime de soi notamment).
Amusement et inversion des rĂŽles
Ă priori, le trollage peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme une activitĂ© purement nĂ©gative. Pourtant, des Ă©tudes sont parvenues Ă des conclusions plus modĂ©rĂ©es sur cette question.
Alexander Coles et MĂ©lanie Westcite-ref-6-36-1[36] ont Ă©tabli que le trollage nâest pas uniquement une action nĂ©gative qui corrompt le bon fonctionnement des communautĂ©s. Dans certains cas, notamment quand le troll Ă©choue Ă provoquer les autres membres, il peut devenir une source dâamusement. Un autre Ă©lĂ©ment paradoxal est une tendance Ă l'inversion des rĂŽles : certains membres de communautĂ©s victimes de trollage, finissent par eux-mĂȘmes adopter l'attitude des trolls en, pour reprendre l'expression, « trollant les trolls »cite-ref-6-36-2[36], afin de les exposer et de s'amuser Ă leur tour. Cette tendance pourrait par ailleurs faire Ă©cho Ă la thĂšse soutenue par Georg Simmel dans le Conflit, dans laquelle il soutient qu'« un conflit entre deux individus peut trĂšs facilement modifier l'un d'entre eux, non seulement dans sa relation Ă l'autre, mais aussi en lui-mĂȘme; et ceci... en posant des conditions prĂ©alables, en procĂ©dant Ă des modifications et Ă des adaptations internes parce qu'elles sont adĂ©quates Ă la poursuite du conflitcite-ref-5-33-2[33] ».
Conflit comme élément unificateur
Selon Georg Simmel, le conflit est Ă lâorigine de lâunitĂ© et ce pour deux raisons principales. Tout dâabord, il part du principe que les individus dĂ©fendent des idĂ©es quâils pensent bonnes pour lâintĂ©rĂȘt commun et donc quâils le font dans le but dâunifier la sociĂ©tĂ© Ă lâimage quâils dĂ©fendent. Un conflit oppose donc deux groupes dâindividus soudĂ©s par des valeurs communes. Le conflit est donc source dâunitĂ©. Le trollage, Ă©tant une pratique visant Ă crĂ©er du conflit ou du moins Ă provoquer et gĂ©nĂ©rer de lâanimositĂ© au sein des communautĂ©s, peut contribuer, sous certains aspects, Ă lâunitĂ© de la communautĂ© trollĂ©e.
De plus, dâaprĂšs Georg Simmel, lorsquâun ennemi, ici le troll, est identifiĂ© au sein dâune communautĂ©, les membres de la communautĂ© vont faire bloc pour lâen Ă©liminer. Ainsi le troll permet de fĂ©dĂ©rer les communautĂ©s.
Troll créateur de débat
Le troll est souvent caricaturĂ© voire stigmatisĂ© et confondu avec les spammers, haters, flooders ou autres flamers, mais le troll permet de mettre en lumiĂšre des questions dâordres lĂ©gal ou politique. Pour Antonio Casilli, « le trolling ne doit pas ĂȘtre considĂ©rĂ© comme une aberration de la sociabilitĂ© sur Internet, mais comme lâune de ses facettes. Et les politiques ne peuvent le congĂ©dier ou le rĂ©primer sans brider lâune des sources principales de changement et dâinnovation de la sociabilitĂ© en ligne : le fait dâĂȘtre confrontĂ© Ă des contenus, postures ou rĂ©actions inhabituels »cite-ref-7-37-0[37] Anne Revillard Ă©crit que le troll « est quelquâun qui [âŠ] participe aux dĂ©bats dans le but de perturber ceux-ci. Il se fait passer pour un participant honnĂȘte et en profite pour donner de faux conseils, ou pour se moquer insidieusement des autres membres, Ă travers des messages provocateurs. Son but est dâĂȘtre pris au sĂ©rieux, pour que des dĂ©bats se lancent autour de ses interventions »cite-ref-4-29-4[29]. Le troll a donc pour but ultime de faire rĂ©agir les autres membres des communautĂ©s, en aucun cas il ne dĂ©sire les rebuter.
Le trollage a pris pour la premiĂšre fois un aspect politique en 2008 lors du conflit opposant la communautĂ© du site de troll 4chan Ă lâĂglise de Scientologie amĂ©ricaine. Il a ainsi permis de rĂ©ellement structurer une communautĂ© Ă des fins sociales et sociĂ©tales de grande ampleur.
Trollage, une pratique acceptable ?
Le raisonnement sur lâacceptabilitĂ© ou non du trollage dĂ©pend de prime abord du type de trollage
Trollage « défensif »
Le trollage que lâon pourrait qualifier de « dĂ©fensif » semble ĂȘtre perçu comme acceptable par les communautĂ©s. Dans lâarticle Trolling the trolls: online forum usersâ constructions of the nature and properties of trollingcite-ref-6-36-3[36], les auteurs nous expliquent quâil est possible dâobserver des actions rĂ©alisĂ©es par des trolls qui sâattaquent Ă un troll ciblĂ© et perçu comme « malveillant » pour prĂ©venir les autres membres de la prĂ©sence de ce troll non dĂ©sirĂ© au sein de la communautĂ©.
Trollage « destructeur »
Toutefois il faut faire attention car le trollage peut sâavĂ©rer rĂ©ellement nocif pour les communautĂ©s et la socialisation sous-jacente Ă lâexistence de communautĂ©s en ligne. En effet, Anne Revillard explique dans Les interactions sur l'Internetcite-ref-4-29-5[29] que lorsque les interactions fondĂ©es sur le trollage deviennent trop importantes il y a un risque prĂ©pondĂ©rant de dĂ©tourner la communautĂ© de ce pour quoi elle a Ă©tĂ© créée Ă lâorigine, et donc de la dĂ©truire de lâintĂ©rieur. Le second risque Ă©voquĂ© par Anne Revillard est liĂ© Ă la paranoĂŻa croissante liĂ©e au risque de trollage. Les communautĂ©s particuliĂšrement sujettes au trollage ont tendance Ă se mĂ©fier davantage des nouveaux arrivants, qui peuvent ĂȘtre refusĂ©s Ă lâentrĂ©e de la communautĂ©, Ă©tant suspectĂ©s dâĂȘtre des trolls potentiels. Tous ces risques qui freinent considĂ©rablement les principes de socialisation au sein des communautĂ©s en lignes font du trollage une pratique non acceptable, voire dangereuse, pour les communautĂ©s.
Trollage « créateur »
Toutefois, malgrĂ© les risques inhĂ©rents au trollage, lorsque celui-ci est fait pour les « bonnes raisons », il peut sâavĂ©rer positif. Antonio Casilli « explique ces comportements en termes de processus social. On est troll pour provoquer des changements dans le positionnement des individus dans les rĂ©seaux. Parfois, il sâagit de contester certaines autoritĂ©s et hiĂ©rarchies qui se crĂ©ent dans les forums de discussion ou dans les communautĂ©s en ligne â ces trolls sont lĂ pour faire Ă©merger de nouveaux contenus »cite-ref-7-37-1[37]. Ainsi le trollage permettrait dâenrichir les relations sociales entre les individus et de dĂ©velopper les Ă©changes et leurs contenus. Toujours dâaprĂšs Antonio Casilli, les trolls « ont un vĂ©ritable rĂŽle structurant au sein de chaque communautĂ© â et qui plus est sur Internet, oĂč leur prĂ©sence est permanente et dĂ©multipliĂ©e. En effet, lâidentification nĂ©gative dont ils font lâobjet permet aux autres membres de la communautĂ© de sâidentifier positivement entre eux : en faisant front contre un adversaire commun, ils font corps : « face aux trolls, les autres sont porteurs de la norme sociale. » Le troll, en Ă©tant le mouton noir de la communautĂ©, permettrait aux autres membres de se regrouper et de se souder davantage entre eux. Cette explication du trollage comme Ă©tant acceptable fait Ă©cho aux enseignements tirĂ©s de lâouvrage de Georg Simmel dĂ©veloppĂ© dans la partie 3.
Politique
Les trolls peuvent ĂȘtre utilisĂ©s Ă des fins politiques en agissant comme des lanceurs de dĂ©bats polĂ©miques ou en mettant en exergue des points sensibles des politiques Ă critiquer, parfois par le biais de mĂšmes ayant pour but d'ĂȘtre repris massivement. En cela certains partis politiques peuvent avoir intĂ©rĂȘt Ă promouvoir des groupes de trolls pour orienter les discussions sur Internetcite-ref-38[38].
On peut citer par exemple :
âą les trolls sur Facebook, souvent minoritaires. Ils sont motivĂ©s par un souhait de se moquer et de tourner en dĂ©rision dâautres personnes ;
⹠les internautes pro-Donald Trump, connus sous le nom de Trump's Troll Army. Ils se sont fait connaßtre lors de la campagne présidentielle américaine en 2016 et sont à l'image de leur meneur Donald Trump, qui utilise le réseau social Twittercite-ref-lemonde20170124-39-0[39] pour communiquer « sans filtre »cite-ref-20min-107-40-0[40] avec son électorat et faire passer ses messages et points de vue sur le monde.
L'ancien prĂ©sident des Ătats-Unis Donald Trump est coutumier des rĂ©seaux sociaux pour s'adresser directement aux citoyens amĂ©ricains sans passer par le biais des mĂ©diascite-ref-41[41] : actif sur son compte officiel Twitter de la Maison-Blanche et du prĂ©sident amĂ©ricain, @Potus, pendant sa prĂ©sidence, il continuait nĂ©anmoins Ă communiquer via son compte personnel, @RealDonaldTrump, beaucoup plus actif, l'utilisant de la mĂȘme maniĂšre que pendant sa campagnecite-ref-lemonde20170124-39-1[39]. TrĂšs rĂ©actif, il s'y exprime « sans filtre » en employant souvent le registre de l'Ă©motionnel, voire de l'invectivecite-ref-20min-107-40-1[40]cite-ref-42[42]cite-ref-43[43]cite-ref-44[44], ces messages pouvant Ă©galement avoir une incidence diplomatiquecite-ref-45[45] ou intĂ©rieurecite-ref-46[46] nĂ©gative. Il lui arrive Ă©galement de relayer sur ce compte des informations mensongĂšrescite-ref-47[47]cite-ref-48[48]cite-ref-49[49]cite-ref-50[50], mais aussi des faits inexacts ou inventĂ©scite-ref-51[51], ce qui aboutit Ă son bannissement des rĂ©seaux sociaux Twitter et Facebook en janvier 2021cite-ref-52[52].
Exemples de cas de trollage
L'Australien David Thorne est l'un des trolls les plus cĂ©lĂšbres du web. En 2008, il publie son Ă©change par mail avec un service client qui lui rĂ©clame le paiement dâune facture. Clamant dâabord quâil ne peut pas payer cette facture, il envoie le dessin dâune araignĂ©e (quâil a fait lui-mĂȘme) quâil estime au montant de la facture et qui devrait faire office de paiement. Sâensuit une discussion de plusieurs messages sur le nombre de pattes de lâaraignĂ©e jusquâĂ ce que Thorne mette fin Ă la discussion. Le dessin finira par ĂȘtre mis aux enchĂšres Ă 10 000 dollars sur le site ebay.com. En 2009, Thorne Ă©crit un ouvrage intitulĂ© The Internet is a Playgroundcite-ref-53[53] oĂč il expose les messages de sa discussion cĂ©lĂšbre. Le titre parle de lui-mĂȘme quant Ă la conception quâa Thorne du trollage et de son usage personnel des dimensions connectĂ©es. L'Australien sâest vu affublĂ© du surnom de « king of trolls ».
En 2006, Jason Fortuny publie une petite annonce sur le site web amĂ©ricain Craigslist. Il se fait passer pour une femme qui recherche des hommes pour des rapports sexuels dominants et violents. Il reçoit 150 rĂ©ponses et publie les photos, mails, noms et numĂ©ros de tĂ©lĂ©phone de ces hommes sur son blog. Une des victimes porta plainte, et Jason Fortuny fut lâun des premiers cas de troll poursuivi en justice. Il fut condamnĂ© Ă payer 74 000 dollars, dont seulement 5 000 dollars de compensation pour divulgation publique dâinformation privĂ©e. Il expliqua Ă lâĂ©poque au juge sa passion pour le trollage, quâil voit comme une forme dâexpĂ©rimentation sociologique sur le comportement humain ; dâoĂč le nom de son article sur son blog « The Craigslist experiment ». Le troll continuera Ă faire parler de lui dans de nombreux autres scandales.
Modération des commentaires
Pour beaucoup de marques, d'entreprises ou d'organismes, la « chasse aux trolls » reprĂ©sente un enjeu considĂ©rable. En effet, alors que les plus grandes marques sont prĂ©sentes sur les rĂ©seaux sociaux (Facebook, Twitter, etc.) dans un but promotionnel et de publicitĂ©, certains de ces commentaires peuvent nuire Ă l'image de la marquecite-ref-54[54], d'oĂč l'utilitĂ© d'un systĂšme de modĂ©ration des commentaires.
Le fonctionnement du systĂšme de modĂ©ration des commentaires peut ĂȘtre de deux types. La modĂ©ration a priori correspond à « un systĂšme oĂč les commentaires dâinternautes sont avalisĂ©s par le service de modĂ©ration avant dâĂȘtre publiĂ©scite-ref-2-55-0[55] ». Ainsi, il s'agit de vĂ©rifier de l'adĂ©quation du commentaire aux rĂšgles fixĂ©es par l'entreprise ou autre organisme afin de le publier effectivement. Il s'agira pour le modĂ©rateur de dĂ©cider, par exemple, de la non publication d'un commentaire ou partie de commentaire portant atteinte Ă la dignitĂ© humaine, Ă l'honneur, la pudeur ou la vie privĂ©e, aux droits d'auteur et de propriĂ©tĂ© intellectuelle, faisant acte de prosĂ©lytisme ou publicitĂ©, ou Ă©tant hors sujet et incomprĂ©hensible. Ce systĂšme de modĂ©ration consiste ainsi Ă rĂ©server un temps Ă la dĂ©tection des trolls, dans le but de les empĂȘcher d'agir. Ce systĂšme de modĂ©ration a priori dĂ©bouche alors sur une forme de censure, oĂč il s'agit de « limiter lâinteraction et de ralentir les Ă©changes »cite-ref-2-55-1[55].
Le systÚme de modération peut fonctionner autrement, le « scrutage » des commentaires pouvant ainsi intervenir a posteriori, c'est-à -dire une fois le commentaire publié effectivement sur la plateforme. Ce systÚme de modération a posteriori consiste donc en la suppression du message considéré comme indésirable et comporte ainsi, comme l'indiquent Degand et Simonson, des risques en termes d'image puisqu'il s'agit, durant un intervalle de temps plus ou moins long, de laisser des messages exagérés, insultants ou hors sujet polluer l'espace de discussion. Néanmoins, ce systÚme de modération a posteriori est de plus en plus utilisé grùce aux solutions trouvées par les plateformes et entreprises pour limiter les commentaires de ce type.
Au-delĂ des systĂšmes de modĂ©ration a priori et a posteriori dĂ©veloppĂ©es par les plateformes et les community managers eux-mĂȘmes, beaucoup de ces plateformes ont dĂ©veloppĂ© un systĂšme de modĂ©ration collective dans lequel ce sont les internautes eux-mĂȘmes qui peuvent juger du caractĂšre indĂ©sirable d'un commentaire. Selon Antonio Casilli, « câest plutĂŽt (cette) « modĂ©ration communautaire » qui est souhaitĂ©e, oĂč les membres eux-mĂȘmes veillent au respect des rĂšgles du service informatique »cite-ref-7-37-2[37].
Enfin, l'une des solutions envisagĂ©es par certaines plateformes comme YouTube consiste Ă rendre possible, dans les paramĂštres de configuration, la dĂ©sactivation des commentaires. Ainsi, il s'agit d'empĂȘcher la possibilitĂ© pour n'importe quel internaute de s'exprimer sur le contenu diffusĂ©. PewDiePie, dans sa vidĂ©o publiĂ©e sur YouTube en aout 2014 « Goodbye Comments » et visionnĂ©e plus de 12 millions de fois, explique pour quelles raisons il souhaite dĂ©sactiver les commentaires : « I make video everyday for you bros [âŠ] and I think that the main problem here is the comments. I know I complain about comments a lot but it's basically my main way to communicate with you bros. I go to the comments and it's mainly spam, it's people self-advertising, it's people who want to provoc [âŠ] I don't want to see it, I just don't care [âŠ] so i'm gonna turn the comments off for evercite-ref-56[56] ».
Dans la culture
⹠(2021) Trolls cite-ref-57[57]: série documentaire (5 x 20') d'Alexandre Pierrin diffusée sur France Télévision, prix du meilleur documentaire pour au Marseille Web Fest 2021
âą (2021) : Porn Troll Stories (documentaire) de Julien Pelletiercite-ref-58[58]
Notes et références
cite-note-11. â « Usenet-fr », sur www.tuteurs.ens.fr (consultĂ© le 27 fĂ©vrier 2019).
cite-note-22. â « Le troll [...] participe aux dĂ©bats dans le but de perturber ceux-ci » « [...] le dĂ©bat sâest focalisĂ© sur lui pendant un certain moment, ce qui Ă©tait son but. Le troll a donc pour effet de dĂ©stabiliser lâĂ©quilibre de la communautĂ©, en poussant les gens Ă se dĂ©tourner du sujet de discussion qui les rassemble dans ce groupe prĂ©cis. » Anne Revillard, Les interactions sur l'Internet, Terrains & travaux 1/2000 (no 1), p. 108-129.
cite-note-33. â « Le trollage est une technique consistant Ă empĂȘcher le bon fonctionnement d'un forum de discussion sur Internet en parlant de sujets provocateurs [...] »DĂ©finition de trollage sur L'Internaute.
cite-note-44. â bishop2014jonathan-bishop2014(en) Jonathan Bishop, « Trolling for the Lulz? Using Media Theory to Understand Transgressive Humour and Other Internet Trolling in Online Communities », Centre for Research into Online Communities and E-Learning Systems,â 2014 (lire en ligne).
cite-note-55. â Schwartz, Mattathias, « The Trolls Among Us », The New York Times, 2008.
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cite-note-4747. â cousin2018mathilde-cousin2018Mathilde Cousin, « Donald Trump : Ses dix "fake news" les plus marquantes depuis son Ă©lection », sur 20 minutes.fr, 20 janvier 2018.
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cite-note-5858. â « Porn Troll Stories ».
Voir aussi
Articles connexes
âą Flaming
âą Loi de Poe
âą Point Godwin
âą Sealioning
âą Trolldi
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âą Bullying
âą Private joke
âą 4chan
âą Rage-baiting
Liens externes
âą Ressource relative Ă l'audiovisuel : France 24
⹠Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes : Nationalencyklopedin Store norske leksikon
âą 2001« Quâest-ce quâun troll ? », sur uzine.net, 30 aoĂ»t 2001.
âą Portail dâInternet